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Angélique Pairault

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June 07

Cinq mois en Himalaya, mon carnet de route

  

Déjà juin, et le départ approche. Dans un mois en effet, je m’envolerai pour ces hautes terres qui nourrissent mes rêves depuis ces derniers mois.


Malheureusement, la situation au Pakistan s’est dégradée, les Talibans ont pris le contrôle de nombreuses régions du pays et des attentats ont eu lieu a Lahore et Islamabad, villes qu’il nous est nécessaire de traverser pour nous rendre dans les montagnes du Karakoram. Aussi, avec mes compagnons d’expédition, nous avons décidé d’annuler le voyage, jugeant la situation trop risquée. Je suis bien sûr un peu déçue, mais il faut savoir être raisonnable, et je me dis que ce n’est que partie remise.


J’ai donc modifié mon programme pour commencer par la Chine et le Tibet. Je décolle le 11 juillet pour Pékin, d’où je compte rejoindre le Tibet par la plus haute voie de chemin de fer du monde. Bien sur Pékin présente un intérêt non négligeable, et je prévoie d’y passer quelques jours pour aller voir la Grande Muraille et visiter la Cité Interdite entre autres.


Les formalités pour se rendre au Tibet se sont malheureusement alourdies depuis l’année dernière, et il n’est plus possible d’y rentrer en individuel, même par la Chine. Il faut obligatoirement passer par une agence et faire partie d’un voyage organisé pour obtenir le permis de voyage au Tibet, et pour pouvoir réserver une place sur le train Pékin – Lhassa. Je vais donc me rendre moi-même en train à Xining, aux portes du Tibet dans la province du Qinghai, et de là j’espère rencontrer d’autres touristes dans mon cas et constituer un petit groupe afin de partager les frais.


Idéalement j’aimerais passer quelques jours à Lhassa, puis me rendre au pied du Mont Kailash au Tibet Occidental pour en effectuer la circumambulation, visiter l’ancien royaume de Guge, et effectuer un trek de quelques jours jusqu’au camp de base de l’Everest, avant de passer la frontière népalaise vers mi-août. Je rejoindrai ensuite l’Inde et Delhi en bus et train, avant de me rendre au Ladakh, en passant par Daramsala où vit le Dalai Lama et Srinagar au Cachemire.


Je serai au Ladakh jusqu'à fin septembre, pour un trek de 4 semaines de la vallée de la Markha jusqu’au Tso Moriri (lac aux eaux turquoise) sur le plateau du Changtang, suivi de l’ascension du Stok Kangri (6150m). Je prévoie ce trek seule avec un guide local et des chevaux qui porteront le matériel et la nourriture, comme nous avions fait il y a deux ans avec mon compagnon de l’époque.


Le 28 septembre, vol Leh – Kathmandu via Delhi, où je retrouverai mes coéquipiers venus de Pau et Paris pour un autre trek de 4 semaines qui nous mènera jusqu’au camp de base du Makalu (5e 8000 de la planète), suivi de la traversée de 2 cols glaciaires à 6100m, et pour finir en beauté l’ascension du Mera Peak (6476m), avant de redescendre sur Lukla en pays Sherpa.


J’avais initialement prévu de visiter le Tibet en novembre, mais suite au changement de programme, je resterai sûrement au Népal pour effectuer un autre trek dans une région que je ne connais pas encore (Dolpo?, vallée de Naar Phu?). Quoiqu’il en soit je ne perdrai pas mon temps c’est sûr.


Mon retour en France est prévu le 11 décembre à partir de Delhi. Je rejoindrai donc la capitale indienne par la route, en prenant le temps de visiter Vârânasî (Bénarès) en chemin.


Mon congé sabbatique prendra fin le 15 décembre, dans quel état d’esprit serai-je pour reprendre le travail et notre vie de fou après ces long mois passés en pleine nature et coupée de tout? Réponse dans 6 mois…

February 14

Voyage au long cours en Himalaya

 

L’Himalaya, véritable colonne vertébrale de l’Asie, longtemps interdite aux étrangers et enveloppée de mystère, si bien que l’on ne savait quasiment rien de cette région et de ses habitants il y a moins d’un siècle.

 

Cette chaine de montagne de plus de 2700 km de long s’étire du Pakistan au Bhoutan, en passant par l’Inde, le Népal et le Tibet. C’est là-bas que l’on trouve les plus hauts sommets de la Terre. C’est là-bas que les grandes religions d’Asie (bouddhisme et hindouisme) ont vu le jour. C’est là-bas, sur ces hautes terres himalayennes, que les peuples vivent au plus près des Dieux.

 

C’est là-bas que j’ai décidé de partir pendant 6 mois.

 

 

L’Himalaya est une région qui me fascine et m’attire tel un véritable aimant. Il est très difficile de décrire ce que l'on peut ressentir là-bas. Il y a bien sur les paysages de montagne les plus grandioses que l'on puisse imaginer, des glaciers que l'on longe pendant des journées entières, des pics à n'en plus finir qui s'élancent vers le ciel, la lumière intense de ces hauts plateaux dominés par les neiges éternelles…

 

Mais surtout, il y a la spiritualité profonde des peuples qui y vivent, et cette sorte de communion avec la nature qu'ils entretiennent depuis des siècles. Comment ne pas être fascinés par la grandeur et la puissance de ces montagnes, celles la même qui nous rappellent notre vulnérabilité, notre petitesse, et que finalement nous ne sommes que poussières, juste de passage dans ce monde. Rien d’étonnant alors que ces peuples aient fait des plus hauts sommets de la Terre la demeure des Dieux.  

 

Le résultat est profondément touchant. Je n'ai jamais eu l'impression d'être aussi libre que là-bas. Libre du temps qui passe, alors qu’en Occident notre vie est bien souvent réglée à la minute prés. Libre, parce que libérée des contraintes du monde artificiel dans lequel nous vivons. Le corps marchant sur ces hautes terres, c’est tout l’esprit qui se libère, et les sens qui s’aiguisent. Sentir, voir, percevoir toutes ces choses auxquelles l‘on n’accorde pas d’importance en Occident: les étoiles s’allumant une à une dans ce ciel si pur, le chant des oiseaux que rien ne vient déranger sauf le souffle du vent, la vue sur ces sommets éclairés par la pleine lune… Libre enfin, parce qu’après une longue journée de marche, les gestes de la vie ordinaire ont tous leur sens : aller chercher l’eau à la rivière, monter la tente, faire sa toilette, préparer le repas…

 

Mais le plus important à mon sens, c’est que ces peuples savent au fond d'eux quelque chose que nous avons oublié depuis bien longtemps: ils savent que l'on peut être heureux tout en étant pauvre, en ayant froid, et en ne mangeant pas tous les jours à sa faim. Et ça n'a pas de prix. 

 

Là-bas, les enfants ne se plaignent pas, et ils ne pleurent jamais. Là-bas, la porte est toujours ouverte à l'étranger de passage. Là-bas, les gens ont le portefeuille vide mais un cœur énorme.

 

Bref, un voyage en Himalaya, c'est une vraie leçon de vie. C’est pour ca que j’y retourne.

 

De juillet à décembre 2009, je vais tour à tour:

- Fouler les glaciers du Pakistan qui mènent au deuxième plus haut sommet de la Terre, le K2.

- Parcourir les déserts d’altitude du Ladakh jusqu'à l’oasis du Tso Moriri, le lac aux eaux turquoise.

- Traverser le Népal, de la jungle tropicale des contreforts himalayens jusqu’aux plus haut sommets, avec l’ascension d’un sommet à 6500m.

- Enfin, j’espère partir à la découverte de la «Cité interdite»: Lhassa, et partir faire la kora du mont Kailash, cette montagne sacrée qui représente le centre du monde à la fois pour les Bouddhistes et les Hindous.

 

Je suis actuellement en plein préparatifs, et bien évidemment je vous tiendrai au courant du déroulement de cette grande aventure…  

January 25

Sierra Nevada – Chaine de Lumière, Californie

 

5h30, le réveil est difficile après une courte nuit sous la tente. Il ne faut pas que je perde de temps, le «Wilderness Center» de Yosemite Valley ouvre à 7h, et en ce weekend férié de fin Aout, les permis de trek pour le parc sont très demandés. Je suis arrivée en Californie la veille, à San Francisco. J’ai devant moi une dizaine de jours pour partir à la découverte des montagnes que John Muir avait surnommées la «Chaine de lumière»: la Sierra Nevada!

 

 A 6h, je suis à l’entrée du Parc National de Yosemite. Situé à seulement 3h de route de San Francisco, il s’agit du parc national le plus fréquenté des USA avec Yellowstone (4 millions de visiteurs par an!). Mais le parc paye le prix de son succès: pour préserver ce milieu naturel d’une extraordinaire beauté, un système de quotas a été installé dans les années 70 pour les trekkeurs désireux de bivouaquer dans le parc. 60% des places sont réservables à l’avance, les 40% restantes sont servies au premiers arrivés la veille ou le jour même.

 

Ce matin, j’ai de la chance. A 7h15, j’ai mon «Wilderness Permit», demain je peux partir à l’aventure pour 6 jours de trek dans les étendues sauvages du parc! Alors aujourd’hui, histoire de me mettre l’eau à la bouche, je décide de randonner jusqu’au sommet du North Dome: dominant la vallée de plus de 1000m, et faisant face à l’immense face Nord du Half Dome, le point de vue depuis le sommet est grandiose!

 

Half Dome: vedette incontestée du parc!

 

Le Half Dome, c’est le sommet qui figure sur toutes les cartes postales du parc, c’est aussi la randonnée à ne pas rater, celle dont on peut se vanter par la suite en portant l’un des nombreux t-shirt en vente dans les boutiques de la vallée: il représente le Half Dome, et il y est écrit: «I’ve been there!». Certains jours d’été, jusqu'à 1000 personnes tentent le sommet. J’ai l’intension de m’y attaquer des le lendemain, pour démarrer mon trek en beauté!

 

Mais pour l’heure, je m’apprête à passer ma première nuit dans cette majestueuse vallée, et je profite d’un coucher de soleil magnifique: les parois de granite d’El Capitan et Half Dome semblent s’embraser, rougies par les derniers rayons du soleil, le tout se reflétant dans les eaux calmes et limpides de la Merced River. L’aventure commence bien.

 

Au petit matin, me voila chargée comme un bœuf avec environ 18kg sur le dos! Et ce n’est pas le «bear canister» de presque 2kg qui arrange l’affaire! Il est en effet obligatoire d’avoir avec soi un container «ours-proof» pour ranger la nourriture et tout autre produit odorant susceptibles d’attirer les nombreux ours noirs qui parcourent ces montagnes.

 

Direction le fameux Half Dome! Bien que très populaire, ce n’est pas une ballade à prendre à la légère puisque le sommet se trouve 13km plus loin et 1500m plus haut! Et surtout, personnes sujettes au vertige, s’abstenir! Les 180 derniers mètres sont équipés de câbles d’acier sur une pente à 45 degrés, il faut alors se hisser par la force des bras en tirant sur les câbles. Nombreux sont ceux qui font demi tour.

 

Après avoir monté ma tente au campement à Little Yosemite Valley prés de la Merced River, me voila d’attaque pour les derniers 800m de dénivelée menant au sommet. Le passage des câbles est en fait plus impressionnant que difficile, encore quelques effort, et ca y est, j’y suis, j’ai conquis le Half Dome!

 

   

Yosemite: un des premiers parcs nationaux américain

 

Depuis le sommet de Half Dome, comme tant d’autres avant moi, je découvre les étendues sauvages de Yosemite telles que les indiens Ahwahneechee les connaissaient. Ce n’est que le 27 mars 1851, que la vallée de Yosemite sera «découverte» par l’homme blanc. Le Bataillon de Mariposa était à la recherche du chef indien Teneiya quand, émergeant de la forêt sur le plateau au sud de la vallée, les hommes découvrirent un canyon profond de 700m surmonté par des immenses monolithes de granite. Plus tard un des hommes, Lafayette Brunell, écrivit: «J’ai vu ici le pouvoir et la gloire d’un être Suprême: la majesté de son art réside dans ce témoignage des roches». Ce point de vue exceptionnel sur la vallée et ses célèbres sommets, El Capitan, North Dome et Half Dome, fut nommé «Inspiration Point» par la suite.

 

Le bruit se répandit vite sur la beauté et grandeur de cette vallée. Dès 1856 un sentier avait été construit, et les touristes pouvaient le parcourir pour 2$, une large somme à l’époque. Des bergers et bucherons vinrent aussi s’installer dans ces montagnes, abattant des forêts entières pour faire face à l’afflux massif de population en Californie suite à la ruée vers l’or.

 

En 1868, un jeune Ecossais, John Muir, passe l’été dans la Sierra Nevada comme berger et décide d’y rester. Ces explorations de la Haute Sierra le convainquent que la surexploitation des pâtures détruit les prairies alpines. Il fait paraitre des articles dénonçant les dégâts dus à la déforestation et la surexploitation des pâturages et se bat pour obtenir la création d’un parc national. Ce sera chose faite en 1890: Yosemite National Park est le 3eme plus ancien parc national des Etats-Unis.

   

Yosemite Falls: la reine des cascades!

 

La vallée de Yosemite est aussi connue pour la beauté et la grandeur de ses cascades. Pour les moins sportifs ou ceux qui ne souhaitent pas s’attaquer à Half Dome, la randonnée qui conduit aux Nevada Falls (les chutes Nevada) est à ne pas manquer. Deux sentiers existent, qui permettent de se rendre soit au pied de la cascade, soit au dessus! Il s’agit en fait de la Merced River qui paraissait si calme hier dans la vallée; les apparences sont décidément trompeuses!

 

Cependant, en cette fin d’été, le débit est bien plus faible qu’à la fonte des neiges, puisque c’est en mai que l’on peut admirer les chutes dans toute leur splendeur. La reine des cascades est alors Yosemite Falls, puisqu’avec une chute de 739m, il s’agit de la plus haute d’Amérique du Nord. Mais je n’aurai pas le plaisir de l’admirer, car fin aout elle est déjà sèche.

 

Clouds Rest et Tenaya Canyon

 

C’est avec le soleil et sous un grand ciel bleu que je démarre mon deuxième jour de trek. La Sierra Nevada est en fait la chaine de montagne la plus ensoleillée du monde, John Muir ne s’était pas trompé lorsqu’il l’a baptisée «Sierra of Light»!

 

Au programme de cette belle journée, l’ascension de Clouds Rest, le sommet voisin de Half Dome. Après la foule de la veille, je ne croiserai qu’une dizaine de personnes aujourd’hui! Pourtant Clouds Rest, de par sa position centrale et son altitude élevée (3025m), offre un point de vue inégalable sur l’ensemble du parc. Les sommets, en grande majorité constitués de roche granitique claire, reflètent la lumière intense du ciel de Californie, créant une ambiance particulière, une sorte de bain de lumière irréel. Cette impression ne me quittera plus les jours suivant.

 

Mais le plus impressionnant depuis le sommet de Clouds Rest reste la vue plongeante sur le Tenaya Canyon (en référence au chef indien Teneiya). Le Tenaya canyon est une profonde vallée glaciaire qui relie Tuolumne Meadows à la vallée de Yosemite. Aucun sentier ne le parcourt, et s’aventurer dans le canyon demande des connaissances en escalade car plusieurs rappels sont nécessaires. De nombreux accidents y ont eu lieu, dans la plupart des cas il s’agit de gens inexpérimentés qui se retrouvent coincés, ne pouvant plus ni avancer ni reculer. A tel point que les rangers du parc ont surnommé le canyon «le triangle des Bermudes de Yosemite»!

 

 

 

Tuolumne Meadows: vaste prairie d’altitude

 

Tuolumne Meadows, vaste prairie d’altitude située à 2630m, est accessible par l’unique route qui traverse le parc d’Ouest en Est. Ce sera le but de ma troisième étape, et le point de ravitaillement espéré en nourriture!

 

Peu de dénivelée aujourd’hui, j’ai définitivement changé de décor, adieu les vallées profondes, me voila dans les alpages! Paysages granitiques à perte de vue, larges prairies d’herbes sèches, forêt de conifères à la descente, une belle journée au paradis en somme!

 

Le clou de la journée étant la vue sur Cathedral Peak; cette élégante aiguille de granite attire des grimpeurs de toutes nationalités. Le sommet fut atteint pour la première fois par John Muir en 1869. Pour ma part, je me contenterai d’en admirer le reflet dans les eaux du Cathedral Lake à son pied!

 

A 7h le lendemain, je suis au «Wilderness Center» de Tuolumne Meadows. Vu que j’ai rejoint la route (et la civilisation!), je suis sortie de la «wilderness», et il me faut de nouveau un permis pour y rentrer! A cinq minutes près, mon trek aurait pu s’arrêter là car un groupe de quinze personnes arrive juste après moi et rafle les dernières places.

  

Hetch Hetchy: un barrage très controversé

 

Me voila donc partie pour trois autres jours à la découverte du parc. Les premiers kilomètres je longe la Tuolumne River, cette même rivière qui alimente la ville de San Francisco en eau et en électricité grâce au barrage de O’Shaughnessy. Situé en aval dans la vallée de Hetch Hetchy, le barrage fut terminé en 1923, au grand regret des défenseurs de l’environnement, dont John Muir qui s’était tant battu pour faire de Yosemite un espace protégé.

 

Le projet de barrage fut déposé en 1903 par la ville de San Francisco, alors approvisionnée en eau par une compagnie privée aux prix élevés. John Muir, qui avait entre temps fondé le «Sierra Club», aujourd’hui la plus grande organisation de défense de l’environnement des Etats-Unis, s’opposa fortement à cette idée: «Inonder la vallée de Hetch Hetchy! Autant transformer les cathédrales et chapelles en citernes d’eau!». Mais le président Roosevelt, qui l’avait supporté pour la création du parc national, ne voulant pas se mettre à dos la population de San Francisco, ne s’y opposa pas officiellement. En 1913, après l’élection du président Wilson, qui supportait le projet de barrage, le congrès approuva sa construction. John Muir, alors profondément déprimé par cet échec, mourut l’année qui suivit.

 

A ce jour, la controverse subsiste et nombreuses sont les organisations en faveur de la démolition du barrage.

   

John Muir Trail: un sentier long de 340 km en pleine nature!

 

Je quitte à présent la Tuolumne River pour remonter le Lyell Canyon, une large vallée qui conduit au Donohue Pass en bordure orientale du parc. Cet itinéraire fait partie du «John Muir Trail» ou JMT. Il s’agit d’un sentier de grande randonnée qui longe au plus près la ligne de crête de la Sierra Nevada sur 340 km, et ce sans jamais recouper une seule route. Il n’est pas difficile d’être perdu «into the wild» aux Etats-Unis!

 

Le sentier fut terminé en 1938, et fut nommé en hommage à John Muir, qui était tant fasciné par ces montagnes. Le JMT se parcourt en 2 à 3 semaines, et relie le Parc National de Yosemite à celui de Kings Canyon plus au Sud, en passant par la Ansel Adams Wilderness et d’autres réserves naturelles moins connues.

 

Chaque amateur de photographie aura reconnu dans le nom d’Ansel Adams le célèbre photographe qui immortalisa les espaces sauvages de l’Ouest américain sur ses nombreux tirages en noir et blanc au siècle dernier. Tout comme John Muir, il était fasciné par la Sierra Nevada, et était un environnementaliste actif - il fut d’ailleurs membre du conseil d’administration du Sierra Club de 1934 à 1971. Il contribua de par ses célèbres clichés à la popularité du parc de Yosemite.

   

High Sierra Camps: le trek tout confort, mais à quel prix?

 

A mi-chemin dans le Lyell Canyon, je bifurque en direction de Vogelsang. Après un petit col d’où la vue s’étend sur les hauts sommets du parc, je descends installer mon camp en bordure du lac Evelyn situé sur un plateau à 3000m d’altitude. Je serai seule ce soir, parmi ces grands espaces, à contempler ce coucher de soleil magnifique!

 

Le lendemain, j’atteins en une heure à peine le High Sierra Camp de Vogelsang, et je réalise au combien j’étais bien la nuit dernière seule auprès de ce lac désert à admirer les étoiles en silence! Les refuges de montagne tels que nous les connaissons en Europe sont très rares aux Etas Unis, et il n’en existe aucun dans le parc de Yosemite. Par contre, on y trouve des «high sierra camps», c'est-à-dire des camps aménagés pour recevoir les trekkeurs pour une nuit ou plus.

 

Cinq de ces camps permettent à ceux qui ne souhaitent pas porter un lourd sac de faire une boucle de plusieurs jours dans le parc en tout confort: des tentes (chauffées!) de 4 lits chacune les y attendent, et des douches sont même présentes dans certains camps. Bien sûr, le repas du soir et le petit déjeuner sont compris, la nourriture étant acheminée par des mules. Ces camps ont un tel succès qu’il n’est pas rare qu’il faille réserver une année à l’avance pour avoir une place!

 

Alors que je passe près du camp avec mon sac de plus de 15 kg sur le dos, ces trekkeurs 4 étoiles sont en train de savourer leur petit déjeuner. Je n’échangerais pourtant pas ma place contre la leur - ont ‘ils profiter du coucher de soleil hier soir alors qu’ils prenaient leur repas dans le brouhaha de la tente cantine? Ont-ils vu une à une les étoiles s’allumer dans le ciel? Tant que j’en serai capable, je ne souhaite pas échanger un bain dans l’eau claire des lacs à une douche, ni le bruit du vent la nuit contre celui des ronflements de mes colocataires de chambre.

 

Et surtout la montagne et la nature sont pour moi des espaces propices à la réflexion et à la méditation, ce qui n’est pas compatible avec l’ambiance trop animée et bruyante de ces camps et des refuges en général.

 

Une dernière chose enfin: un profond sentiment de satisfaction et d’accomplissement nait du fait que pendant quelques jours l’homme est capable de vivre en pleine nature en ne comptant que sur lui-même. Il s’agit en quelque sorte d’un retour au fond des âges, quand l’homme vivait en lien étroit avec la nature - une sorte de retour aux sources, loin de la vie dénaturée que nous menons dans le monde artificiel que nous avons créé. 

 

 

La nature, garante de la survie des hommes

 

Les alentours de Vogelsang, bien que très fréquentés, sont d’une rare beauté: de nombreux lacs aux eaux limpides y sont présents, et ils sont particulièrement magnifiques aux premières heures du jour quand les sommets environnants s’y reflètent. La montée au Vogelsang Pass (3246m) entre autres, est extraordinairement belle de ce point de vue là.

 

Je passerai ma dernière nuit en pleine nature et de nouveau seule au pied du Babcock Lake, avec le plaisir inégalé de me baigner nue dans ses eaux fraiches après une rude journée de marche!

 

Déjà 6 jours de marche, c’est bien peu de temps pour apprécier la beauté de cette chaine de montagne, et du parc de Yosemite en particulier. J’aurais aimé faire l’ascension du Mont Dana, ce géant de presque 4000m; pouvoir me promener parmi les séquoias géants centenaires du Sud du parc et les écouter me compter les temps anciens en silence; parcourir le Grand Canyon de la Tuolumne River en me baignant sous ses nombreuses cascades; et bien d’autres choses encore, mais le temps me fait défaut.

 

Comme je les comprends ces hommes qui ont dédié leur vie à ces montagnes, John Muir et Ansel Adams pour ne citer que les plus célèbres, que de beauté dans cette nature sauvage, et quel bien fou que de parcourir ces sentiers à l’écart de ce monde artificiel dans lequel nous vivons. Pourtant l’homme a tellement besoin de ce lien avec la nature, lien si important mais que nous avons perdu au fil des âges, au risque de nous «dénaturer» et de ne plus savoir qui nous sommes.

 

 

En pratique: bivouac, nourriture et toilette en cours de trek

 

L’emplacement des bivouacs est bien sûr dépendant des points d’eau, et l’eau étant rare en cette fin aout, les lacs étaient les seuls points d’eau fiables (en dehors de la Merced River au pied de laquelle j’ai campé le premier soir). Il est cependant indispensable d’avoir de quoi traiter ou filtrer l’eau. Les lacs sont nombreux dans le parc, et sont souvent de toute beauté.

 

Les lacs et rivières offrent un autre avantage non négligeable: le bain! Rien de tel après une longue journée de marche sous le soleil, que de pouvoir se baigner dans leurs eaux fraiches (souvent même très fraiches, puisque certains lacs dépassent 3000m d’altitude!). Attention néanmoins, pensez aux prochains trekkeurs qui comme vous viennent se ravitailler en eau dans les lacs, n’utilisez donc aucun savon!

 

Du point de vue culinaire, et bien ce ne fut pas de la grande cuisine! Pour le dîner: purée au fromage tous les soirs! Les flocons de pomme de terre offrent en effet un rapport nutrition / poids inégalable, puisqu’ils s’associent au lait en poudre, lui aussi champion dans cette catégorie! Et pour agrémenter le tout: un peu de gruyère râpé!

 

Pour le petit déjeuner, j’avais prévu des céréales complètes au raisin, et le fameux lait en poudre! Le sandwich de midi consistait lui en tranches de pain de mie complet et tranches de fromage, avec du jambon pour les deux premiers jours, après ça fromage tout court (le jambon n’aimant pas trop la chaleur!). Et pour grignoter, des fruits secs et des noix en tous genres.

 

En milieu de trek, j’ai pu me réapprovisionner en pain, en fromage, et en fruits secs à l’épicerie de Tuolumne Meadows. Pour le fromage, ca n’a pas été facile: une coupure d’électricité étant prévue pour toute la journée, l’épicier ne voulait pas ouvrir sa chambre froide juste pour un morceau de fromage. Mais après lui avoir expliqué mon cas de gravité extrême (qu’est ce que je vais mettre dans mes sandwich et ma purée les 3 prochains jours?), il finit par prendre pitié et parti me chercher le fromage tant attendu, ouf! Le fromage américain ne m’aura jamais semblé aussi bon!

 

Dans la vallée de Yosemite, et à Tuolumne Meadows, j’ai campé au «backpackers camp», le campement réservé aux randonneurs. Pas de douches, juste des toilettes et de l’eau froide, confort minimum comme dans la plupart des campings situés dans les parcs nationaux.

 

La vallée de Yosemite et Tuolumne Meadows sont les deux «pôles» du parc: on y trouve un «Visitor Center» (lieu d’information et d’éducation pour les visiteurs) et un «Wilderness Center» (où l’on peut obtenir les permis de trek et toutes informations relatives aux conditions en montagne), des campings, des bungalows à louer, des hôtels, et des boutiques de souvenirs / épiceries (choix beaucoup plus restreint à Tuolumne Meadows cependant).

 

 

        Yosemite Valley, Winter, 1940 - Half Dome, Merced River, Winter, 1938 - Vernal Falls, 1948 - Cathedral Peak and Lake, 1938.

                                                                                               Photographies d'Ansel Adams.  

 

November 25

Vallée de la Valmasque et Vallée des Merveilles, Mercantour, Alpes Maritimes

 

Ces deux vallées se situent dans le Parc National du Mercantour, au dessus de St Dalmas de Tende dans la vallée de la Roya, à 1h30 de Nice.  Le topo ci-dessous décrit une rando en boucle de 2 jours qui remonte la vallée de la Valmasque et descend par la vallée des Merveilles, connue pour ces nombreux pétroglyphes datant de la préhistoire.

 

Départ: Parking des portes du parc, 2km après Castérino (1550m). Pour y accéder, remonter la vallée de la Roya jusqu'à St Dalmas de Tende, puis prendre la RD 91 jusqu'à Castérino en passant par le lac des Mesches.

 

Arrivée: Lac des Mesches à 1380m, sur la RD 91. De là, le mieux est de tenter le stop pour remonter à Castérino.

 

Point culminant: Baisse de Valmasque à 2549m.

 

Dénivelée: 1000m positifs.

 

Carte: IGN 3841 OT Vallée de la Roya, 1:25000. 

 

Du parking des portes du parc, prendre le sentier en direction du refuge de Valmasque. Apres 1 heure de marche, laisser à droite le sentier qui conduit au lac de l’Agnel, et continuer en direction du lac Vert (2221m) à travers la forêt de mélèzes. Le sentier contourne le lac et peu après, atteint le lac Noir (2278m). Le paysage est de plus en plus désert et rocailleux, presque lunaire. Un peu plus loin, on atteint le lac du Basto, le plus grand des trois lacs de la vallée. Il est possible de passer la nuit au refuge CAF de Valmasque (2233m) tout près.

 

En cette fin mai 2005, les lacs Noir et du Basto étaient encore en bonne partie gelés, et la montée jusqu'à la Baisse de Valmasque en versant nord, entièrement couverte de neige. Nous avons donc préféré continuer jusqu'à la Baisse de Valmasque et bivouaquer de l’autre coté, car la vallée des Merveilles est plus chaude.

 

La Baisse de Valmasque à 2549m offre un point de vue magnifique sur les lacs de Valmasque et la vallée des Merveilles que nous parcourrons le lendemain. On rejoint ici le GR52 qui arrive de la Baisse du Basto. Nous avons installé le camp le long du ruisseau, en bas de la série de lacets qui descend du col.

 

Le lendemain, après le démontage du camp, on rejoint rapidement le lac des Merveilles. Nous décidons de cacher les sacs derrière un gros bloc et de partir explorer cette fameuse vallée. La vallée des Merveilles tient son nom des milliers de gravures datant de la Préhistoire qui y sont parsemées. Les gravures (plus de 36000 ont été répertoriées) sont protégées, et en été, seules les gravures visibles depuis les sentiers balisés sont accessibles. Il est obligatoire d’être accompagné par un guide agréé pour pouvoir approcher les autres gravures.

 

Par contre, en mai, il y a encore de la neige, et donc toutes les gravures ne sont pas visibles. Mais nous sommes seuls dans ce lieu magique, et nous en profitons pour sortir allégrement des sentiers à la recherche du fameux « Sorcier ». Les gravures se trouvent sur des surfaces de grès fins et de schistes colorées, appelées chiappes, dont les teintes varient du vert à l’orangé, en passant par les rouges et violets. Ces dalles furent polies par les glaciers lors de la dernière glaciation.

 

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Les pétroglyphes sont aussi présents dans la vallée de Fontanalbe, située de l’autre coté du Mont Bégo (2872m). Leur âge est estimé à 2500 ans avant J.C., et les gravures semblent témoigner de rites sacrés et d’occupations agricoles et pastorales. Plus de la moitié des pétroglyphes représente des figures à cornes, peut être un Dieu Taureau, maître de la foudre, qui frappe fréquemment le Mont Bégo.

 

Nous passons une bonne partie de la journée à parcourir la vallée en tous sens, avant de finalement descendre jusqu’au refuge CAF des Merveilles situé près du lac Long Supérieur (2111m). Le refuge est accessible par une piste qui part du lac des Mesches, la suivre jusqu'à atteindre le sentier qui permet de raccourcir la descente le long du vallon de la Minière. Le sentier descend à travers le mélézin jusqu'à retrouver la piste qui mène au parking à proximité du lac des Mesches (1380m).

 

Lac Nègre, Mercantour, Alpes Maritimes

 

Le Lac Nègre se situe dans le Parc National du Mercantour, au dessus du village du Boréon dans la vallée de la Vésubie, à 1h30 de Nice.  

Rando effectuée en mars 2008 en raquettes.

 

Départ & arrivée: Parking situé à 1670m en bout de route sur la D89 en direction du col de Salèse, au dessus du village du Boréon.

 

Point culminant: Lac Nègre à 2354m.

 

Durée: 4h A/R.

 

Dénivelée / Distance: 685m positifs / 13km.

 

Carte: IGN 3741 OT, Vallée de la Vésubie, 1/25000.

 

Du parking, prendre le GR 52 en direction du col de Salèse. Le sentier, qui longe plus ou moins la piste, conduit à l'ancienne vacherie de Salèse (1724m), puis continue à travers la forêt de mélèzes jusqu'à la source de Chardole (1924m), avant de rejoindre la piste juste sous le col de Salèse (2031m) que l’on atteint au bout d’une heure.

 

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Du col, descendre sur la piste pendant 5min environ, puis prendre à droite le sentier qui mène au lac Nègre et au col de Frémamorte. Le sentier s’élève tranquillement parmi les mélèzes, et à 2270m, on atteint une bifurcation. Prendre le sentier de gauche pour le lac Nègre (celui de droite conduit au col de Frémamorte). Après un court ressaut assez raide, on accède au lac à 2354m.

 

D’une surface de 12 hectares, les eaux sombres du lac sont entourées par d’impressionnantes parois de granite de couleur ocre. Au dessus du lac, il est possible de continuer jusqu’au Pas du Préfouns (2615 m), qui marque la frontière avec l'Italie (environ 1h30 A/R depuis le lac).